QUARTIER MAGON

Les fouilles de l'Institut archéologique allemand à Carthage s'inscrivent dans le cadre du projet international de 1'UNESCO destiné à la protection, la recherche et la conservation des ruines et des surfaces non bâties de la zone urbaine. Ces.fouilles avaient pour but de faire progresser un certain nombre de questions d'urbanisme et de contribuer à l'étude de l'histoire de la fondation de Carthage, encore peu connue, I'organisation et le développement de la capitale punique étant liés à cette aire de recherche au bord de la rner.
Les premières traces d'édifices de la ville archaïque datant du 8e - 7e siècle av. J.-C. ont été mis au jour dans la partie basse de la colline de Byrsa, tandis que dans la plaine côtière, non bâtie antérieurement, est attesté le développement d'une importante ville nouvelle, construite pendant le 5e siècle av. J.-C. selon un plan régulier et à l'abri d'un mur puissant d'enceinte garni de tours.
C'est là qu'une importante voie de communication aboutissait à la porte maritime des fortifications puniques. Plus tard de gros blocs de grés ont été placés en avant de l'imposant socle de la muraille en grand appareil afin de le protéger contre les flots. Jusqu'au 3e siècle av. J.-C. Ies unités d'habitations implantées selon un schéma rectangulaire avancèrent jusqu'à atteindre le chemin intérieur des remparts. C'est dans le courant du 2e siècle av.J.-C. qu'on finit par abandonner l'utilisation de la pelte plus ancienne. On la condamna tout en la surélevant et on décala, à cet endroit, I'alignement du mur en direction de la mer.
Au cours de cette dernière période de splendeur de la capitale punique, on procéda à la réunion d'un certain nombre de demeures plus petites eL plus anciennes pour en faire de grandés maisons à deux étages au moins, dont les pièces aux stucs peints et aux sols en mortiers décorés et mosaiques polychromes s'ordonnaient autour de cours à colonnades. D'innombrables puits et citernes leur assuraient un approvisionnement autonome en eau. Tout comme le reste de la ville, ils furent victimes de l'incendie destructeur allumé par les Romains en 146 av. J.-C.
L'histoire de la capitale punique ne s'achèva cependant pas au cours de cette année de catastrophes. Grâce à nos fouilles, nous avons pu démontrer que la nouvelle fondation de la`capitale de province, à l'époque d'Auguste, avait été précédée d'excavations attentives et d'un examen des ruines puniques existantes dont l'orientation dans la plaine côtière fut reprise sans modifications par le plan romain qui, par ailleurs, superposa le même schéma à l'organisation punique plus souple des flancs de wollines
Au temps d'Auguste, la limite de la ville, côté mer, suivait le tracé des remparts puniques. Ce n'est qu'au cours de la seconde moitié du 2e siècle av. J.-C. que le chef-lieu de la province romaine empiétera sur la plage en direction du rivage d'une largeur d'insula. Cela atteste bien la survie des principes d'urbanisme de la métropole punique au sein de la ville romaine qui lui a succédé. Les .schémas d'orientation et d'alignement de cette dernière avaient donc été établis d'une façon définitive plus que quatre siècles pus tôt, du temps où la famille royale des Magonides jeta les fondations de la domination carthaginoise en Méditerranée occidentale. Par l'aménagement du parc archéologique nous avons voulu expliquer les traces d'une continuité d'habitat plus que millénaire, difficile à saisir sur le terrain, grâce à la mise en valeur d'une série de documents archéologiques choisis, partiellement restaurés et reconstruits.
La voie romaine réouverte, le karclo XVIII, qui constitue la limite maritime de la nouvelle ville augustéenne par dessus la muraille punique, offre au visiteur qui se promène au bord de la mer le vaste panorama du Golfe de Tunis, et parfois on peut apercevoir les restes du mur appartenant à la rue côtière romaine du 2e siècle ap. J.-C. qui dépasse à peine le niveau de l'eau. Dans l'alignement du clecwllmanus I Nord qui débouche à cet endroit, une ouverture, à la ma,connerie de soutien profond, reproduisant le profil originel de l'égout romain pernlet de voir les énormes blocs de grès de la muraille punique, les brises-lames construits entre cette dernière et la mer, les restes de surélévations puniques tardives datant du 2e siècle av. J.-C.
C'est au niveau de la Rue Septime Sévère qu'une esplanade-belvédère touche trois grands secteurs de fouilles délimités par des murs. On y trouve des parties restaurées de vestiges appartenait à des villas puniques au bord de la mer avec leurs pavements, leurs puits et leurs citernes, et ainsi l'organisation des espaces s'ordonnait autour des cours à colonnades devient clair. Le maintien de l'orientation punique des édifices par les Romains permet, malgré la surélévation du niveau du sol, de découvrir, de part et d'autre d'une étroite ruelle d'accès, le quadrillage d'un quartier romain d'artisans installé à l'époque augustéenne. On y retrouve le plafond partiellemen1 reconstruit d'une cave en sous-sol et les citernes voûtées plus récentes qui pénétraient dans les restes de constructions puniques.
On a réuni dans un antiquarium des fragments de pavements et d'éléments d'architecture punique parmi lesquels les corniches de la muraille maritime punique Tout comme sur le terrain, des panneaux fournissent des renseignements sur les vestiges exposés.
Sur le terrain nous avons voulu intentionellement éviter de franchir la limite au-detà de laquelle une plus grande clarté ne pourrait être obtenue qu'au prix de reconstructions hypothétiques. Les essais d'une restitution complète, but évident de chaque recherche archéologique seront réservés aux dessins, maquettes et textes.


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