
Conscient des menaces qui pesaient sur lui
ou averti par ses amis gaulois, Hannibal s'était préparé
à l'agression romaine; il mit à exécution,
sans que Rome ne se douta de rien, un plan d'attaque minutieusement
préparé. Vers le mois de juin 218 av. J.C, il quitta
l'Espagne pour l'Italie. L'expédition n'avait rien d'improvisé:
l'armée avait été méthodiquement entraînée,
les hommes soigneusement choisis. Hannibal amorçait l'exécution
d'un plan médité dans tous ses détails et
dont la préparation avait certainement exigé de
six à neuf mois au minimum. Autant dire que ce plan avait
été conçu au plus tard lors de la chute de
Sagonte. À Rome en revanche, on ne se doutait de rien.
Lorsque le corps expéditionnaire romain dirigé sur
l'Espagne fit escale à Marseille au milieu de l'été,
son commandant apprit avec stupeur qu'Hannibal venait de traverser
le Rhône à la tête de
trente-huit mille hommes et de trente sept éléphants.
Il tenta bien de le rejoindre et de l'arrêter; peine perdue.
Hannibal, qui traversait la Gaule en ami, non en conquérant,
avait gagné le pied des Alpes qu'il
entreprenait de franchir par l'une des routes qu'avaient frayées
les migrations celtes des siècles précédents.
À la fin d'octobre 218 av. J.-C., il débouchait
dans la plaine du Pô, quelque part du côté
de Turin.
Il n'était plus question pour Rome de poursuivre l'attaque
qu'elle avait déclenchée. Il lui fallait de toute
urgence arrêter une invasion qu'elle n'avait pas prévue
et contre laquelle aucun plan de défense n'avait été
élaboré. Une petite partie seulement du corps expéditionnaire
romain débarqua en Espagne, au nord de l'Ebre bien sûr;
le plus gros fut ramené en hâte vers l'Italie, tandis
que l'armée concentrée en Sicile recevait l'ordre
de gagner la plaine du Pô à marche forcée.
Inutile effort que devaient suivre d'autres efforts plus inutiles
encore. En décembre 218 av. J.-C., Hannibal mettait en
déroute, près de Plaisance, sur les bords de la
Trébie, l'ensemble des forces romaines qui lui barraient
le passage et s'ouvrait ainsi l'accès de l'Italie centrale;
l'été suivant, il attirait dans un piège,
au bord du lac Trasimène, une autre armée romaine
qu'il détruisait aux trois quarts.


