VERS LA DEUXIEME GUERRE ENTRE ROME ET CARTHAGE

Cuirasse, 3e siècle av. J-C.

 

La vieille colonie grecque de Marseille fut très vraisemblablement l'obscur artisan de l'intervention romaine qui allait déboucher sur la seconde guerre. Cité marchande et maritime, Marseille était en Méditerranée occidentale la principale concurrente de Carthage. On s'y inquiéta très vite des progrès d'Hamilcar et d'Hasdrubal I en Espagne. Entre les Pyrénées et l'embouchure de l'Ebre, Marseille avait plusieurs comptoirs sur la côte ibérique. Incapable de les protéger militairement par ses seuls moyens, elle fit appel à Rome pour garantir ses intérêts espagnols contre d'éventuelles prétentions carthaginoises. Rome répondit d'abord à cet appel par une intervention purement diplomatique: en 226 av. J.-C., un traité était conclu entre Rome et Hasdrubal I qui faisait de l'Ebre la frontière nord des ambitions carthaginoises en Espagne; Hasdrubal I s'engageait à ne jamais franchir ce fleuve en armes. Il dut consentir d'autant plus volontiers à un tel engagement qu'à cette date, les possessions carthaginoises les plus avancées se situaient à trois cents kilomètres au moins au sud de l'Ebre. Ce pacte tout en garantissant les intérêts de Marseille, laissait encore un assez vaste champ libre aux entreprises de Carthage.
Quoi qu'aient pu en dire les historiens romains, ce fut Rome, non Hannibal, qui viola ce traité. Vers 223 av. J.-C., elle intervint en effet dans les affaires intérieures de la cité ibérique de Sagonte, située très nettement au sud de l'Ebre, donc dans l'espace officiellement abandonné à l'influence carthaginoise. Une fraction de l'aristocratie de cette cité, hostile à Carthage, se couvrit de la protection romaine pour éliminer ses adversaires politiques qui furent massacrés. Hannibal ne pouvait accepter cette ingérence qui venait de se perpétrer quand il accéda au pouvoir dans l'Espagne carthaginoise. Il comprit vite qu'une action diplomatique ne mènerait à rien et décida de prendre au besoin des risques pour défendre les droits de Carthage sur Sagonte. En 219 av. J.-C., il mettait le siège devant cette cité qui ne succomba qu'au bout de sept mois. Rome, pourtant alertée par les Sagontins, ne sut pas ou ne voulut pas mettre a profit la longueur de ce siège pour secourir ses alliés; mais elle saisit là le prétexte de rouvrir les hostilités contre Carthage, craignant sans doute que la conquête de l'Espagne ne rende une nouvelle puissance à Carthage. Au printemps 218 av. J.-C., un plan d'attaque mûrement concerté était mis en exécution: un corps expéditionnaire se dirigeait par mer vers l'Espagne, tandis qu'un autre se concentrait en Sicile pour débarquer en Afrique. Les objectifs étaient clairs: on espérait évidemment que Carthage, contrainte à se défendre sur deux fronts, capitulerait rapidement. Pour sauver les apparences, une ambassade romaine se rendit à Carthage avant le déclenchement de cette double agression. Elle était porteuse d'un véritable ultimatum: ou le rappel d'Hannibal d'Espagne, ou la guerre. Il ne semble pas que le Sénat de Carthage ait longtemps délibéré pour rejeter cet ultimatum (Tite-Live XXI, 18) et laisser à Rome l'entière responsabilité de la reprise des hostilités.
Hannibal ne s'était donc pas laissé prendre au dépourvu, il tenait le gouvernement de Carthage exactement informé de ses intentions. Il ne pouvait ignorer que son énergique prise de position à Sagonte devait susciter une réplique quelconque. Dès les tout débuts de l'affaire (Polybe III, 15), Rome lui avait dépêché une ambassade pour l'inviter impérativement à abandonner toute prétention sur cette cité; Hannibal avait dédaigneusement refusé toute concession. Des amis gaulois le renseignèrent-ils sur les préparatifs de l'agression romaine ? En tout cas, vers le mois de juin 218 av. J.-C. Hannibal quittait l'Espagne pour l'Italie.



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