| Pour démobiliser les mercenaires
qui avaient constitué l'armée de Sicile, il fallait
leur payer de lourds arriérés de solde. Le gouvernement
de Carthage fit traîner les choses en longueur, espérant
se libérer le plus tard possible de sa dette et décourager
éventuellement ses créanciers.Mais les guerriers
réduits au chômage ne l'entendaient pas de cette
oreille: ils déclenchèrent un soulèvement
d'autant plus grave que leurs chefs surent exploiter le mécontentement
des populations autochtones que Carthage accablait d'impôts.
Devant l'impuissance de plusieurs généraux carthaginois
à étouffer cette révolte et devant la menace
qui pesait sur Carthage assiégée par les rebelles
et coupée de son arrière-pays, Hamilcar apparut
comme le seul homme capable de mettre un terme à cette
guerre sauvage. Il y réussit en effet avec des forces
souvent très inférieures en nombre à celles
des rebelles. La victoire définitive était acquise
en 238 av. J.-C. En moins de dix ans, Hamilcar avait fait la
preuve de ses capacités politiques et militaires. Il n'eût
pas été surprenant qu'après avoir sauvé
sa cité du plus sérieux danger qu'elle ait jamais
connu jusque-la, il eût été appelé
à exercer une influence prépondérante sur
la conduite des affaires publiques. Tout au contraire, il quitta
presqu'aussitôt Carthage. En 237 av. J.-C., il s'embarqua
pour l'Espagne, accompagné de son gendre Hasdrubal (que,
pour éviter toute confusion de noms, nous appellerons
Hasdrubal I) et de ses trois fils: Hannibal, alors âgé
de neuf ans, Hasdrubal (II) et Magon. |