LA NAISSANCE D'HANNIBAL

 

Hannibal enfant

 

Alexandre le Grand

Au moment où naquit Hannibal, en 247 av.J.C, vers le milieu du IIIème siècle av. J-C., deux données essentielles dominent l'histoire du monde méditerranéen. Dans sa partie orientale, s'est amorcée la constitution des royaumes hellénistiques à partir des débris des conquêtes d'Alexandre le Grand. L'Egypte, la Syrie, l'Asie mineure, obéissent désormais aux héritiers d'Alexandre. Mais ces pays restent indépendants et suivent dans leur développement, une voie originale. Tout en important avec eux la culture grecque, les nouveaux monarques n'entendent nullement détruire les vieilles civilisations qu'ils y rencontrent: fidèles à l'esprit d'Alexandre, ses héritiers travaillent à une sorte de fusion des peuples dans laquelle l'apport grec ne joue que le rôle de ferment. Ainsi se constitue un nouveau modèle culturel auquel les modernes ont donné le nom d'hellénistique et qui devait donner naissance à un art, une littérature, un style de vie, des conceptions politiques qui, tout en puisant largement dans le patrimoine culturel de la Grèce classique, s'en distinguent radicalement.
Ce qui fait l'originalité de ce nouveau modèle culturel, c'est qu'il tend a une sorte d'universalisme. Au milieu du IIIe siècle avant l'ère chrétienne, la langue grecque n'est plus seulement, dans le monde méditerranéen, la langue des relations commerciales et internationales; elle devient le véhicule de cette nouvelle culture qui pénètre les peuples riverains de la Méditerranée, leur proposant une sorte de style commun de civilisation sans attenter à leur culture propre. Ainsi peut-on parler d'une culture hellénistique à Carthage. Les vestiges mis au jour par les archéologues fournissent une certitude: dans la cité natale d'Hannibal, on lisait et parlait le grec, on recherchait, pour en user ou les imiter, tous les produits de la civilisation hellénistique, depuis les objets manufacturés jusqu'à des modèles d'éducation intellectuelle. Carthage était donc profondément hellénisée à l'époque où naquit Hannibal.
L'autre donnée n'est plus d'ordre culturel, mais politique. Entre 260 et 240 environ av. J.-C., l'équilibre des forces en Méditerranée occidentale fut profondément modifié par la première guerre romano-carthaginoise qui, pendant vingt-trois ans, opposa interminablement les flottes et armées de Rome et de Carthage. A l'orée du IIIe siècle av. J.-C., Carthage occupait dans ce secteur une position prépondérante. Les comptoirs carthaginois de Sicile, de Sardaigne, des côtes de l'Espagne et de l'Afrique du nord jalonnaient solidement, pour les marins carthaginois, les routes maritimes qui, par-delà les Colonnes d'Hercule, menaient soit vers l'or du golfe de Guinée (dont les parages avaient été reconnus par le roi Hannon dès le Ve siècle), soit vers l'étain des côtes britanniques. Cet empire économique de Carthage était fondamentalement pacifique: Carthage n'aimait pas faire la guerre et s'y montrait si peu empressée que les agressions de ses ennemis la prenaient souvent au dépourvu. La seule forme d'activité militaire à laquelle elle tînt vraiment, c'était sa marine de guerre: forte de plus de deux cents bâtiments d'une exceptionnelle capacité manoeuvrière, elle contrôlait en permanence la Méditerranée occidentale pour garantir les bateaux marchands des coups de main des pirates.
Or, pour des raisons qui restent obscures, Rome se prit d'un brusque intérêt pour la Sicile en 264 av. J.-C. A partir de cette date, non seulement les armées romaines ne cessèrent de progresser dans cette île, menaçant les possessions puniques d'une importance vitale pour le commerce maritime de Carthage, mais, plus encore, Rome se dota d'une flotte puissante. Au terme de vingt-trois années d'une guerre où les deux belligérants essuyèrent des revers également lourds, ce fut une bataille navale qui décida Carthage à s'avouer vaincue et à accepter les conditions romaines. Elle perdait ainsi ses possessions de Sicile et de Sardaigne; plus encore, la maîtrise de la mer, lui échappait. Ainsi, au moment ou cette cité s'ouvrait à la civilisation hellénistique, les fondements de sa puissance et de son rayonnement dans le monde méditerranéen étaient gravement ébranlés. C'est en ce point critique de l'histoire de Carthage que se situe la naissance d'Hannibal.

 


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